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[Avant] la disparition du futur, Collage inspiré de Hannah Arendt explorant pouvoir, langage et crise du futur. Par Max Lobé.

Dernière mise à jour : 10 mai



Réalisé pour l’exposition du Literaturhaus Stuttgart autour de Hannah Arendt, ce collage de Max Lobe, répond à une invitation à penser [l’amitié comme acte politique]. À partir de fragments anciens et d’images du présent. L'écrivain genevois aux racines camerounaises met en tension pouvoir, langage et crise du monde commun. Le mot Όχι - Non - y surgit comme un geste actif : refuser la disparition du futur et maintenir la possibilité d’un monde partageable.


Ce collage est né d’un geste de tri. 

À l’automne 2025, en faisant le ménage, j’ai retrouvé d’anciens manuscrits : des notes, des résumés, des fragments de lecture autour de Hannah Arendt (La Condition de l’homme moderne, La Crise de la culture, Les Origines du totalitarisme). Ces pages, écrites il y a plusieurs années, n’étaient pas destinées à être relues. Je les ai superposées, recouvertes, fragmentées — non pour les exposer comme savoir, mais pour les mettre en tension avec le présent. 


Au centre du collage, trois figures masculines issues de notre imaginaire politico-économique contemporain apparaissent dans une scène intime et incongrue. Elles incarnent une époque où le pouvoir économique, technologique et politique se confond, produisant une impression de saturation, voire de fin à l’horizon, de fin imminente. Autour d’elles circulent des images de manifestations, des fragments de presse, des billets de francs CFA - parfois brûlés - rappelant que [l’économie est une question de philosophie politique] et que la domination monétaire conditionne les possibles. 


Les baisers, apposés au rouge à lèvres, traversent toute la surface. Ils sont verts, rouges et noirs - couleurs de la pastèque, symbole de la Palestine. Le baiser est ici multiple : geste de douceur et de transmission, mais aussi rappel du baiser de Judas, figure de la trahison au cœur même de l’intimité, du spirituel. Des mots en arabe et en hébreu coexistent sans se traduire : la langue résiste, se fissure, ou alors ne dit plus rien, sauf hurler. 


Une coupure du journal Libération, dont j’ai fait partie en une, apparaît partiellement. La figure centrale du slogan a été retirée. Ne restent qu’une marge, un visage, un fragment de sourire blond. Plus loin, un manifestant israélien opposé à la guerre à Gaza semble crier - mais son cri est illisible, comme une écriture privée de langue. 


Enfin, des signes grecs apparaissent - Ο, Χ, Ι - formant le mot Όχι : non. 


Le nein n’est pas un retrait de soi mais bien un repositionnement. 


Dire non c’est agir. Révolte. 


Cette oeuvre propose de déambuler dans les sons et trémolos de la voix philo-politique de Hannah Arendt. Ce niet n’est ni un slogan ni une posture morale : il creuse une limite, un seuil, même un un cri face à ce qui s’avère inévitable: la disparition progressive du futur. 




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