Cameroun : ne cédons ni à la peur, ni au désespoir – Lettre ouverte de Max Lobe
- Max Lobé Officiel
- 27 sept. 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 sept. 2025
Chers compatriotes du Cameroun,
Une fois de plus, l’orage où l’incertitude politique nous met à l’épreuve. Un pouvoir ridé et une population si jeune.
La jeunesse n’est pas un programme.
Le grand âge n’est plus synonyme de sagesse.
Comme souvent dans notre histoire, la peur et la fatigue nous divisent. Surtout la peur. La terreur. L’éveil brutal d’un souvenir encore si vif. Combien parmi nous savent qui est Um Nyobè? Qui est Duala Manga Bell? Donner tout son souffle pour la liberté.
Comme un parfum de confusion. Le spectacle est si gros qu’il n’intéresse plus grand-monde, résiliés, désabusés comme nous savons si bien l’être. L’expression [We go do how, nah?] en est la preuve.
Be bo ya, alors, on va faire comment ?
On va ouvrir nos coeurs, des alvéoles comme des tiroirs, fouiller, allez-y, vous y trouverez un trésor: de la dignité. Notre dignité collective doit parler plus fort que le vacarme, un juridisme de cours élémentaire, des imminents prof de droit qui perdent leur cohérence en direct, - comment comprendre ça?
Notre dignité c’est de surpasser la barrière tribale, la rompre, rassembler autour d’une idée, l’idée que nous nous faisons de nous-mêmes.
La parole. C’est quelque chose, comme une colonne de feu, c’est elle qui mène à l’action et l’action est la manifestation de l’idée, de la volonté.
Le Cameroun, notre maison commune, n’est pas seulement une friandise convoitée par les puissants. Ce pays-là, ses frontières, ses langues, et tout et tout, quel héritage. C’est la mémoire de nos ancêtres, la richesse de nos terres, la force de nos cultures, toutes nos cultures, et bien sûr l’inépuisable vitalité de notre jeunesse.
Alors en face, que voit-on? L’incarnation des reliquats de la colonisation.
Um Nyobè, Ouandié et Moumié ont été assassinés précisément parce qu’ils voulaient éviter ça: la colonisation qui vient de la maison, de la chambre des parents, la colonisation qui dicte de quoi se nourriront nos cerveaux, ce qu’il faut effacer, oublier, et ce qu’il faut garder, etc. Quelles belles heures de la colonisation nous sommes entrain de vivre.
Je peux vous rassurer, nous sommes pas seuls. Regarder dans le monde, ça bouge. Même chez les maîtres de notre vieux colon, ça bouge. Le monde tourne, mes chers frères et soeurs, ouvrez les yeux, est-ce que vous voyez comme il tourne, le monde? Quelle place souhaitez-vous prendre dans ce Makossa géopolitique où ça s’accélère à l’armement? Quels sont nos cartes?
Sortir de la jouissance aveugle, c’est cogner à d’autres portes, celle de la connaissance par exemple, l’histoire, la pharma, nos langues comme shéma de pensées collectives, se mixer parmi pour fermenter et libérer de nouveaux nous-mêmes.
J’aimerais vous dire que l’avenir n’est pas écrit uniquement dans les palais ou dans les camps militaires. Au contraire, c’est dans la rue. La fameuse rue, oui c’est la tribune publique par excellence où l’on se rassemble dans un même choeur pour dire, Maintenant c’est non.
Cela demande de la solidarité, comme la dignité, qu’elle s’inscrive dans chacun de nos gestes quotidiens, entre voisins, dans l’accueil de l’autre, pas seulement en raison de ses blessures- oui parce qu’en face de nous, ce n’est pas des enfants de chœur - mais que l’accueil de l’autre se passe aussi dans la parole qui témoigne, qui soigne et serre les coudes.
Alors, a di beg una, je vous en supplie, ne céder ni au désespoir, ni à la haine, ne céder ni au défaitisme - we go do how, nah?, ni à la tentation de ne sauver que ses bâtons de manioc à soi.
Concentrons-nous sur ce qui nous unit : notre ardent désir de justice, de paix, et de vraie liberté.
Avec respect et fraternité,
Max Lobe

©RomanLusser/Ed.Zoé2025






Très cher Max Alan, (mon fils)
Je tiens à te féliciter et à te remercier pour le message de courage que tu as adressé à nos compatriotes camerounais. Dans un contexte parfois marqué par les doutes et les incertitudes, tes mots résonnent comme une véritable source d’inspiration et de force.
Ta plume, empreinte d’authenticité et de patriotisme, rappelle à chacun de nous que l’espoir, la solidarité et la persévérance sont des armes puissantes pour bâtir un avenir meilleur.
Continues à écrire, à éclairer les consciences et à porter haut la voix de notre pays. Ton engagement littéraire et citoyen est un exemple précieux qui mérite d’être soutenu et encouragé.
Avec toute mon admiration et mes encouragements,
Maman Yvette