Rapport d’activité Sarah Orokieta. Le carré et le trouble : Loïc au bord de lui-même. par Max Lobe.
- Max Lobé Officiel
- 10 mai
- 3 min de lecture
Dans [Rapport d’activité], Ed. Zoé, Sarah Orokieta dessine le portrait d’un homme trop bien rangé pour être tranquille. À travers Loïc, elle explore les tensions entre langage, corps et normes sociales. Une écriture précise et fragmentée qui révèle, sous la surface du quotidien, une quête d’amour fragile et profondément contemporaine.

Est-ce que les hétérosexuels vont bien ?
Voilà la question qui me saute dans la tête lorsque je termine la lecture de [Rapport d’activité], premier roman de Sarah Orokieta, publié aux Éditions Zoé.
Allons poser la question à Loïc, le protagoniste.
La trentaine à peine entamée, Loïc est carré, droit dans son langage et bien rangé comme un ordinateur. Mais aussi délicat, le Loïc. Si délicat que sa mère, son père, sa sœur, et même son entourage s’en étonnent, voire s’en agacent. Le problème, c’est qu’à son âge, Loïc n’a toujours pas présenté une fille à la famille.
Loïc n’est pas un garçon facile, il n’a pas la testicule légère et sa langue n’est pas de varang lorsqu’il faut lécher, raviver l’entrée de la vulve, les rideaux, jusqu’à la cerise du plaisir.
Ça me rappelle certains gays qui s’autodéclarent très ouverts et tolérants, et qui, à toute évocation de la vulve, lancent un grand « beurk ! » de dégoût. Moi, ça me tue littéralement. Et n’allez même pas leur parler d’avortement. Je me dis, si des comme eux pouvaient se faire engrosser, ils avorteraient tous les jours.
Revenons à Loïc.
Il ne veut en aucun cas [manquer de correction]. Son langage est tout ce que je peux aimer, lumineux et loin de toute vulgarité. Oui, il y a des gens qui parlent comme ça, comme des livres, dit-on. Si vous croyez qu’ils s’expriment ainsi pour se faire voir ou pour une quelconque distinction, alors c’est pour vous là-bas. [Gag]
Loïc n’a pas de [plans cul], il leur préfère des [maîtresses]. Avec ces dernières, de toutes les façons, il a un petit souci non pas avec [sa queue ou sa bite], mais avec son [sexe]. Ce problème survient surtout lorsqu’il faut utiliser son engin sous latex. Il préfère faire les choses sous la douche, tranquilous. Comme je le comprends !
Chercher un/une partenaire sur les applis de rencontres, pourquoi pas, mais por favor ! Est-ce que vous pouvez cesser de faire des fautes d’orthographe ? Sinon, mesdames, il vous sera compliqué d’avoir grâce aux yeux de ce geek-nerd.
Pantalon beige, chemise blanche. Je ne lui aurais jamais conseillé cette tenue trop bobo-je-me-la-pète ; ajoutons le petit pull Ralph ou Crocodile par-dessus et allons à Roland-Garros, pendant que nous y sommes.
Loïc tient un journal : c’est ce qui constitue ce premier roman de Sarah Orokieta.
Mais notre Loïc est si carré que même les récits de ses journées inscrits dans son journal n’y échappent pas. Ce sont des blocs de rendus. Pas d’espace pour la fantaisie, même dans ce type d’exercice. On est Loïc ou on ne l’est pas.
Heureusement, l’autrice, qui campe la tête du jeune trentenaire, procède par phrases très courtes, hachées, nominales. Danke ! Ça décompacte le texte comme les micro-organismes aèrent un sol pour faciliter l’enracinement.
[Rapport d’activité], enfin, a l’intelligence et la délicatesse de glisser ici et là le monde, oh combien contemporain, dans lequel évoluent le protagoniste et sa famille : les guerres que nous regardons, impuissants, depuis 2022.
À chaque date, on sait quels événements extérieurs bousculent le dedans de Loïc.
D’ailleurs, il y a une date qui manque. Très bon choix éditorial.
Car au fond, le roman ne parle pas seulement de politique ou d’époque. Il parle de solitude, du manque, de l’amitié, de cette quête d’amour qui traverse nos sociétés contemporaines, avec leurs normes, leurs attentes, leurs contradictions. Une quête fragile, parfois maladroite, mais profondément humaine.
Avec ce livre, Sarah Orokieta s’impose comme une nouvelle voix romande à suivre. Sans être [difficultueuse], l’autrice propose une écriture précise, sensible, capable de capter les tensions discrètes de notre temps sans jamais les forcer.
Mention spéciale 1 pour le personnage de Zoïa, colocataire d’Anna, elle-même conquête numérique et philosophique de Loïc.
Mention spéciale 2 Le père aurait aussi adoré Astor, compagnon de la sœur Marion.
Rapport d'activité
Sarah Orokieta
Editions Zoé
Parution février 26
155 pages



Commentaires